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  • Nathalie Popiolek

Biomimétisme: une "deep-tech culturelle"?

Dernière mise à jour : 29 sept.

Rencontres de l'innovation sur le biomimétisme par l’ANRT en partenariat avec Onepoint. Adæquate Consulting a participé. Il s'agit d'une philosophie et d'une "deep-tech culturelle" (selon l'expression d'Alain Renaudin), dans son invitation à nous reconsidérer en communauté de destins.


Parmi les nombreuses idées échangées durant cette rencontre passionnante qui a eu lieu le 23 mai 2022 (voir le programme plus loin), je retiendrais les éléments suivants:


Le monde du vivant: à la fois très sobre et très complexe dans son architecture. Il innove depuis des millions d’années et il est de fait source d'inspirations pour consommer moins.


Biomimétisme: davantage une philosophie, qu’une "deep-tech". Un levier d’innovation de rupture qui se fonde sur le monde du vivant pour répondre aux nouveaux enjeux de survie. Il s'agit de ne plus considérer la planète comme un stock de ressources mais comme une source de solutions. Au delà de la protection de la nature, le nouveau modèle est celui de la "nature: cahier des charges" pour reprendre l'expression d'Alain Renaudin.


L’approche scientifique: du nano, au macro et à l’écosystème. La recherche mobilisée est à la fois fondamentale (ex: chimie, science des matériaux) pour comprendre les phénomènes, et pluridisciplinaire et transversale pour analyser les écosystèmes. Elle est également technologique, incluant en particulier les sciences des données, l'intelligence artificielle… et le design pour la conception des produits. Les méthodes de conception mobilisées privilégient l’analyse multifonctionnelle.


=> L'approche scientifique est à la frontière des disciplines académiques classiques et nécessite de faire travailler ensemble des chercheurs d'horizon et de cultures très différentes. L'exploration des connaissances dans le champ de la science fondamentale doit être menée en synergie très forte avec la mise au point des outils instrumentaux d'exploration du vivant à toutes les échelles. Dans le même temps, des liens forts doivent être créés avec les outils de manufacture et de synthèse pour rendre possible l'imitation biologique (très complexe) dans les procédés industriels. Cette vision de la recherche n'est pas toujours compatible avec les silos disciplinaires.


La France en retard. L'Allemagne (depuis le début des années 2000) et la Suisse misent sur le biomimétisme avec de forts financements public (200 M€ en Allemagne) et privé notamment avec d'importantes infrastructures de recherche dédiées. Riche de ses côtes littorales et de ses forêts (Dom-Tom), la France est le deuxième espace maritime au monde et héberge 10% des espèces connues. Cependant, elle commence à peine à s'intéresser au sujet. Le mouvement tend à s’amplifier ces deux dernières années en particulier grâce à l'ADEME, au CNRS, à France Stratégie et à l'inscription par le Président Macron du biomimétisme dans l'agenda France 2030 (250 équipes de recherche à l'heure actuelle). De nouveaux cursus dans les écoles d’ingénieurs et à l’Université portent le biomimétisme dans leurs enseignements (ex: Masters "Nature inspired Design" à l'ENSCI, "Matériaux Bio-inspirés" à l'Université de Pau et des Pays de l'Adour). Ailleurs dans le monde et en Europe, de telles formations existent depuis longtemps et sont nombreuses (en savoir plus).


Les grands groupes s’intéressent au biomimétisme. En particulier, LVMH qui vit des ressources naturelles (ex: culture de fleurs pour les parfums) est très préoccupé par leur épuisement et réfléchit à de nouvelles formes d’agriculture, à l'éco-conception, etc.


=> En résumé, il existe encore de nombreux défis à relever au niveau français pour développer davantage cette "indiscipline", pourvu qu'elle rime avec construction d’un monde durable.


De mon point de vue, la compréhension du monde du vivant et de ses écosystèmes constitue un formidable socle de connaissances à articuler avec la prospective. Relevons avec davantage d'optimisme que ne le font les prévisionnistes attachés au prolongement des tendances passés, les défis sociétaux et environnementaux auxquels l'humanité se trouve confrontée après avoir puisé sans limite dans les ressources naturelles de notre planète!


Si l'objectif est bel et bien la protection de la planète, de la vie animale et humaine dans de bonnes conditions, il est impératif que le transfert de connaissances vers l'économie et la société se fasse de façon éthique, responsable et durable dans le long terme (et non avec une vision purement mercantile). Pour éviter les écueils du passé et promouvoir une innovation de rupture apte à relever les défis du vingt-et-unième siècle, les recherches en Sciences humaines et sociales doivent participer activement à la réflexion prospective. Et en particulier, le droit pour:

  • accompagner la naissance de cette nouvelle typologie d’objets;

  • concevoir des normes adaptées;

  • réguler, réglementer les nouveaux écosystèmes bio-inspirés (ex: instaurer un cadre juridique permettant la généralisation des échanges d'énergie entre particuliers dans les éco-quartiers);

  • etc.

L’économie (bioéconomie, économie de l’environnement, de l’innovation…) pour

  • accompagner le transfert de connaissances vers les filières économiques;

  • capter et partager de manière socialement responsable et durable, les nouvelles créations de valeur de cette nouvelle ère;

  • etc.

Le management

  • s’inspirer du vivant pour innover dans l’organisation des entreprises afin d'y favoriser l'innovation responsable;

  • etc.


PROGRAMME - C'était le 23 mai 2022.

16h30 | Introduction, Clarisse Angelier, déléguée générale, ANRT

16h35 | Mot d’accueil: Laetitia Pfeiffer, partner Digital and Substainable Innovation et Renaud Mignerey, PhD, projets R&D, onepoint

16h45 | Keynote: Kalina Raskin, directrice générale Ceebios et Guillian Graves, fondateur & designer, Agence Big Bang Project

17h30 | Panorama du biomimétisme: Alain Renaudin, président-fondateur NewCorp Conseil et Biomim’expo

17h40 | Témoignages & points de vue: Annabelle Aish, leader du Project « Bioinspire-Muséum » et Jian Sheng SUN, directeur du département "Adaptations du vivant", Muséum national d'Histoire naturelle, Laurent Billon, professeur, Université de Pau et des Pays de l’Adour, Patrick Choisy, Responsable du département innovation, LVMH, Tristan Rousselle, CEO, Aryballe Technologies

18h30 | Session questions & table ronde collective

18h45 | Mot de la fin: Huguette Tiegna, Assemblée Nationale, Chrystelle Roger, Myceco

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