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La monnaie face aux ruptures technologiques à l’ère du numérique

Dernière mise à jour : 28 août 2021

L’essor des crypo-actifs reflète la mouvance récente de la transition digitale des systèmes de paiements, accélérée par la crise sanitaire et l’irruption de géants technologiques. Cette montée en force fait peur aux Banques centrales des États et les pousse depuis 2019, à accélérer les études de création de monnaies numériques. Cette course aux Monnaies Numériques des Banques centrales MNBC est lancée!




L’entrée en bourse, le 14 avril dernier, de Coinbase, plateforme d’échange de crypto-actifs (souvent appelés crypto-monnaies [1]), a défrayé la chronique. Avec une valorisation de 86 mds$ pour son premier jour de cotation à Wall Street, Coinbase détrône le précédent record réalisé par Facebook en 2012, alors de 81 mds$.


Créée il y a seulement 9 ans, Coinbase devient ainsi la plus grosse introduction de high-tech sur le Nasdaq et la première société de crypto-échanges cotée en bourse. Pour mettre ceci en perspective, la capitalisation du groupe Nasdaq [2] s’élève à 26 mds$, celle de Goldman Sachs [3] partenaire de l’opération à 114 mds$ et celle de BNP, première banque de la zone euro à 76 mds$.


Coinbase, permet d’acheter et de vendre une cinquantaine de crypto-actifs dont le bitcoin et l’éther. La société revendique 56 millions d’utilisateurs, une présence dans plus de 100 pays, 223 mds$ d’actifs sous gestion, 335 mds$ de volume total négocié sur le premier trimestre 2021 et un résultat net positif estimé entre 730 et 800 m$ sur la période [4]. Le groupe propose aussi d’autres services, comme son propre crypto-actif, l'USD Coin (USDC) adossé au dollar, l’un des plus importants stablecoin [5]; un logiciel d’encaissement de crypto-actifs pour les e-commercants, une branche investissements qui aide à financer les startups, Coinbase Ventures. Mais l’activité principale de Coinbase reste basée sur les commissions des transactions qui contribuent à 95% de son chiffre d’affaires, signe de sa vulnérabilité face à la volatilité des prix des crypto-actifs. D’ailleurs le titre a perdu plus de 10% depuis son premier jour de cotation.


Pourtant, Coinbase est devenu un acteur important qui participe pleinement au développement de la crypto-économie. Certains observateurs [6] n’hésitent pas à comparer cette introduction en bourse avec celle de Web Netscape en 1995 qui avait marqué une étape majeure pour internet. Ce premier navigateur web commercial a permis au grand public d’accéder au web. Certes, avec l’arrivée de la concurrence, Netscape a perdu alors beaucoup de terrain, mais il a été un des tous premiers vecteurs permettant à cette technologie d’être adoptée massivement dans l’économie.


Coinbase : le signe de l’émergence de l’économie numérique.


Coinbase n’est pas l’unique plateforme de crypto-actifs, ni même la plus importante, Binance basée à Hong Kong la dépasse très largement [7]; mais son introduction à Wall Street est une grande première pour cette industrie, symbole du basculement de la finance dans le monde numérique décentralisée. Elle pourrait d’ailleurs ouvrir la voie à une nouvelle vague d’introductions en bourse.


L’essor de ces crypo-actifs, même si peu utilisés dans les transactions, reflète la mouvance récente de la transition digitale des systèmes de paiements, accélérée par la crise sanitaire et l’irruption de géants technologiques dont le projet Libra/Diem de Facebook. Longtemps ignorée, cette montée en force fait peur aux Banques centrales des États et les pousse depuis 2019, à accélérer les études de création de monnaies numériques. Ces monnaies numériques, contrairement aux crypto-actifs, dépendront d’une institution, auront un cours légal et pourront constituer une valeur de réserve.


La course aux Monnaies Numériques des Banques centrales MNBC est lancée!


Selon une enquête de la Bank for International Settlements (BIS) début 2020, 86% des banques centrales du monde seraient engagées dans des projets de monnaie numérique contre 35% en 2019. Parmi les 86% de banques centrales qui s’intéressent à la MNBC, 60% mènent des expérimentations et 14% sont entrées dans des phases de développement.


Les Bahamas ont été les premiers à lancer une MNBC, le « Sand Dollar », suivis par la Lituanie en juillet 2020 qui a mis sur le marché sa monnaie numérique basée sur la blockchain. La Banque centrale de Suède teste l’e-krona depuis février 2020. La plupart des autres grandes banques centrales, notamment la Fed, la Banque d'Angleterre, la Banque centrale européenne, la Banque centrale du Japon… évaluent la possibilité de lancer leurs propres monnaies numériques.


Mais c’est la PBoC, People’s Bank of China, en Chine qui a de loin le projet le plus abouti, elle conduit une expérimentation pilote depuis 2014. Des yuans numériques ont été distribués à des habitants de Shenzhen et d’autres régions dont Shanghai. Ce yuan numérique a également été testé pour les transactions transfrontalières avec Hong Kong. L’objectif de la PBoC : un yuan numérique opérationnel lors des Jeux olympiques d'hiver de 2022 qui se tiendront à Pékin, non seulement pour les locaux mais aussi pour les athlètes. Cela serait la première fois qu’une MNBC serait utilisée avec une telle ampleur.


Cette effervescence des Banques centrales dans les paiements numériques et des initiatives privées de création crypto-actifs souligne l’ampleur des enjeux des innovations dans ce domaine : « à la fois en matière de sécurité et d’accessibilité, mais aussi de compétition et de souveraineté » [8].


Et la question de la neutralité (ou pas) de la monnaie sur l’économie réelle devrait sans doute être reposée à l’aulne de cette révolution, tout comme son impact sur l’environnement quand on sait que le minage, la validation et à la sécurisation des transactions sur les réseaux numériques sont très énergivores [9]. Il faut s’y préparer et réfléchir à limiter les impacts négatifs. Suite au prochain numéro…


Par Marie-Claire Mainka et Nathalie Popiolek


Références

[1] La Banque de France, l’Autorité des marchés financiers (AMF) mais aussi récemment la People’s Bank of China soulignent que le terme de crypto-monnaies n’est pas adéquate et leur préfèrent le nom de crypo-actifs. Un crypto-actif est un actif numérique utilisant un réseau informatique ainsi qu’une blockchain, afin de pouvoir valider et effectuer des transactions de pair à pair, sans organe de contrôle. Les crypto-actifs actuellement en circulation ne remplissent que partiellement les trois fonctions économiques attribuées à la monnaie.

[2] Le groupe Nasdaq gère la bourse du même nom. [3] Goldamn Sachs, fondée en 1869 est un leader mondial de la banque d’investissement, des marchés de capitaux et de la gestion d’actifs qui offre une large gamme de services financiers. [4] Site coinbase.com [5] Les stablecoins sont la deuxième génération de crypto-actifs qui tente de remédier à la volatilité des crypto-actifs de première génération, en les adossant à des actifs réels dont des monnaies de Banques centrales. [6] Jean-Marc Vittori dans un post des échos du 14/04/2021 [7] CoinmarketCap suit 308 plateformes d’échanges de crypto-actifs dans le monde, pour un volume total de 390 mds$ sur les dernières 24 h. Sur cette base, Binance est de loin la plus importante avec 30 mds$ vs 4,5 mds $ pour Coinbase. [8] Denis Beau premier sous-gouverneur de la Banque de France dans une allocution du 8 avril 2021

[9] L’indice de l’université de Cambridge estime la consommation d’énergie du Bitcoin à 130 TWh par an soit 0,6% de la consommation mondiale. Et cette consommation ne cesse d’augmenter: https://cbeci.org/.

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